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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

La maltraitance sociale

Ces enfants qui ne sont pas nourris …

Je ne cesse de m'étonner et de m'indigner lorsqu'il m'arrive de croiser de jeunes enfants qui ignorent tout de leur environnement. Que j'évoque la Loire ou bien les animaux, la nature ou bien un monument, je me retrouve face à des yeux écarquillés et des mines interrogatives. Mais de quoi veut-il bien nous parler ?

Car il faut se rendre à l'évidence, désormais on laisse une quantité non négligeable d'enfants sans cette éducation naturelle que constituaient les sorties avec les parents ou même les centres de vacances ou de loisirs. En ce qui concerne les parents, beaucoup subissent de plein fouet une crise qui n'est pas qu'économique ; ils ne sont plus capables d'initier leurs rejetons à cette curiosité qui permettait de s'ouvrir à l'environnement. Quant aux structures de loisirs, elles sont si mal en point financièrement qu'elles se contentent désormais de faire de la garderie.

L'école se trouve confrontée à une inculture sidérante : des élèves ignorent tout de ce qu'il y a peu de temps encore, semblait naturel à la grande majorité. Le manque d'expérience, de vécu dans un grand nombre de domaines quotidiens est tel que beaucoup d'apprentissages ne peuvent se faire pour cette frange des exclus. Et ceux-là sont nombreux, je peux vous l'affirmer.

Il y a des enfants qui n'ont jamais assisté à un échange d'argent sur un marché ou bien dans un magasin, qui n'ont pas vu un animal de ferme, qui ignorent tout de la nature, en dehors du quartier ou bien de la ville, qui passent leur jeunesse devant un écran. Ils grandissent sans nourriture spirituelle, sans éveil à la curiosité et la découverte. Ne croyez pas que j'en rajoute ; j'en croise et, dans les classes composées de ces catégories sociales dites défavorisées, le pourcentage des exclus de l'exploration est très important.

Quels sont les résultats de cet abandon dramatique, de cet asséchement cognitif qu'on constate sans avoir les moyens de les corriger ? Tout d'abord, une absence grandissante de vocabulaire et de références pour comprendre leur environnement proche. Ces enfants vont grandir avec moins de mots, moins de sollicitations, moins de mises en pratique et, au bout du compte, ce qu'ils n'auront pas abordé par le jeu, la visite, la découverte, sera irrémédiablement perdu.

Oh, bien sûr, ils seront plus à l'aise que les générations précédentes pour manier une console, envoyer un message sibyllin ou bien pianoter sur un ordinateur. Mais de quoi leur serviront ces compétences s'ils ne savent pas ce qu'est un château, un tableau, une statue, une vache ou bien même un chou-fleur ? Nous allons être surpris du ravage que constitue cette maltraitance sociale qu'il ne faut surtout pas imputer aux seuls parents.

C'est l'école maternelle qui devrait être la priorité des priorités pour lutter contre l'obscurantisme qui se nourrit de ce tsunami de l'intelligence. Elle devrait disposer de moyens qu'on préfère attribuer sans nuances aux lycées d'enseignement général, une fois que l'écrémage est effectué. La belle affaire que de multiplier les options et les filières, toutes plus onéreuses les unes que les autres, quand le minimum n'est pas accordé aux plus jeunes !

La bataille du langage est primordiale mais comment l'expliquer à des élites qui se targuent désormais d'user d'anglicismes à tous bouts de phrase ? Comment continuer de s'étonner de l'échec de l'apprentissage de la lecture quand celle-ci est mise en œuvre sur des terrains vierges de mots ? Comment croire que le niveau va monter quand la phase de l'apprentissage naturel est totalement absente pour tant d'enfants privés de culture ?

L'acculturation est en marche. Elle s'accélère et personne ne fait rien que de proposer des cours de morale ou de civisme une fois qu'il est trop tard. Je sais que je prêche dans le désert, que nos bons responsables ne peuvent pas se rendre compte de la situation, eux, bien à l'abri dans leur monde clos et protégé, eux, qui préservent leurs enfants en les inscrivant dans des écoles à l'opposé du tableau évoqué ici.

Alors, apprenons la Marseillaise à des enfants qui n'auront jamais vu un sillon de leur vie, qui ignorent tout de l'idée de patrie, qui ne connaissent que la tyrannie d'une télévision, instrument d'aliénation si puissant que l'école est désarmée face à ce monstre sanguinaire. Apprenons-leur les principes de la morale civique tandis que la République, si peu exemplaire, continue de les abandonner. Tout ira à vau-l'eau mais au fond, cela n'a aucune importance : il faut maintenir en état la variable d'ajustement …. Il n'y a qu'à faire un peu plus de place dans les prisons pour accueillir les exclus de l'éducation !

Colériquement leur.

La maltraitance sociale
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K
Je pense comme Paty. D'une part la sagacité parentale a explosé en même temps que la notion de vie familiale. Tout se passe rapidement et on ne prend plus le temps en rien. La quête de vitesse et d'efficacité sont les rouages de la modernité. Maman travaille, papa travaille, on rentre le soir, on mange vite, on couche les enfants vites, on cèdent ou on ne cèdent pas à leur caprice télévisuel tardif ... Faut dire qu'on culpabilise un peu de les délaisser toute la journée. Le weekend, on se presse d'effectuer ce qu'on a pas eu le temps ou le courage d'accomplir la semaine : le ménage, le repassage, les courses, le bricolage ... on colle les mômes devant l'écran béni de la paix... On est épuisé. Puis à force de désespérance ou par manque de tempérance, mais pour sûr par épuisement on finit par divorcer. On s'imaginait tout autre chose ... Et la culpabilité rongeant d'avantage les créateurs, les enfants sont promus : ils ne sont plus des Rois ... Ils sont des Dieux. Et qui sait combien les Dieux en ont fait voir de toutes les couleurs au Titans. Si bien que ces derniers s'apprêtent à absorber n'importe quelle couleuvre en échange d'un peu d'estime ! Faut dire que l'estime de soi chez les dépressifs ... ne passe que par le plaisir effréné de ses rejetons.<br /> Là, je vous parle des familles favorisées. Mais, à part le divorce qui se pratique peu pour les familles défavorisées, je pense à un scénario substantifique semblable. Peut-être formellement différent seulement. <br /> Je pense que l'art est une manière d'éluder certains troubles. Par exemple, des ateliers théâtres, dès le primaire, pourrait déjà éveiller les enfants à la sémantique des mots, en plus de travailler plus consciencieusement la syntaxe. Si nos chères têtes bariolées aiment s'amuser, il faut que la culture soit plus enjouée, plus ludique et plus rusée que l'univers des jeux.
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C
Kakashi<br /> <br /> C’est bien la Société qui écrase et impose des cadences infernales à tant de gens<br /> Les loisirs, une belle idée quand on a de l’argent et un travail régulier.<br /> <br /> Pour d’autres, l’exclusion sociale se traduit par une incapacité à vivre pleinement le temps libre de manière pertinente.<br /> <br /> Étrange renversement qui fait que celui qui a trop de temps n’en dispose ^lus librement
P
Ce texte est le reflet exact de mes pensées et de mon courroux!!! Que faire pour revenir en arrière? De toutes façons lorsque nous essayons de les intéresser à la nature, ils s'ennuient et préfèrent rester enfermer avec un jeu quelconque plutôt que aller se ballader, à moins que ce ne soit à Dysney Land ou équivalent!!! Et il ne s'agit pas là que d'enfants défavorisés bien au contraire!
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C
Paty<br /> <br /> C’est durant l apetite enfance que tout se joue Ils ont besoin d’expériences de pleine nature, de découverte, d’aventure<br /> Si tout celà ne leur vient que des écrans, ils seront ensuite totalement aliénés à ceux-là. <br /> <br /> Ceux qui ont eu la canche de grandir autrement passerotn aussi par les écrans mais auront la possibilité d’en sortir et surtout d’avoir une culture bien plus grande