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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Je prononce mes vœux pour 2015.

Jamais aussi bien servi que par soi-même.

En cette journée où tout le monde est beau, tout le monde est gentil, où il faut faire assaut d'obséquiosité, je ne vais pas déroger à la règle et faire preuve de la plus grande mièvrerie qui soit pour respecter la tradition. Ne voulant pas, malgré tout, imiter le commun des mortels, ce sont des vœux à moi seul destinés que je vais vous imposer ici. Ne cherchez pas à me les retourner, cette pratique m'insupporte au plus haut point.

À tout seigneur, tout honneur, le premier vœu est sans aucun doute le plus fondamental. Je renonce à Dieu et à toutes ses œuvres, aux saints et aux miracles. Si l'humanité faisait comme moi, il resterait un peu d'espoir en ce monde de fous et de violents, d'illuminés et d'exaltés. C'est en excommuniant toutes les religions que la paix pourrait se faire sur notre Terre. Le ciel peut bien attendre.

Pour ne pas sortir du contexte, je renonce à son collègue : le Dieu argent. Je refuse qu'on évoque devant moi la prospérité : forme qui se veut convenable, de la cupidité. Que j'aie assez d'argent pour vivre convenablement et qu'il en reste assez pour les autres. Ceux qui pensent autrement peuvent aller au diable, les feux de l'enfer leur sont réservés.

Pour les vœux suivants, il m'est bien difficile d'établir une hiérarchie sérieuse. C'est l'ordre aléatoire qui va s'imposer. Ne cherchez pas de classement dans la suite de cette profession de foi. La période est propice à la crise éponyme, profitons-en pour renoncer sans modération, pour aborder la nouvelle année, dépouillés de tout ce qui fait le superflu dans notre société.

Moi qui en suis parfaitement dépourvu, je renonce à toute forme de distinction. Laissez vos médailles et vos diplômes, vos prix et vos breloques dans les armoires de la vanité. Inutile de récompenser ce qui ne mérite pas de l'être. Il est bien des talents supérieurs à ceux qu'on honore dans les palais de la République ! Les plus humbles, les plus simples, les travailleurs de l'ombre, n'ont jamais droit à ces honneurs qui ne vont qu'à ceux qui ne les méritent pas.

Je renonce tout autant à croire en des lendemains qui chantent. La politique m'a définitivement laissé sur le bord de la route. Je sais que les promesses ne sont jamais tenues ; les lois votées ne sont pas plus appliquées. Il n'y a plus rien à attendre de ce petit personnel au service des lobbies et des groupes de pression. Je renonce à espérer qu'ils agissent en notre nom. Je garde simplement présent à l'esprit que c'est à nous de prendre en main notre destinée.

Je renonce aux rêves de gloire et de célébrité. Là, mon ego en prend un sérieux coup mais je dois à l'évidence d'admettre que le talent n'est pas au rendez-vous ou, j'ose encore le croire, qu'il n'est pas conforme aux produits insipides qui sont mis en avant par les marchands de soupe. Il est inutile de se bercer d'illusions : le succès ne récompense pas l'originalité, le travail, la régularité, la beauté. Il va vers ce qui flatte le plus grand nombre.

Je renonce tout autant à l'idée d'être prophète en mon pays. Marcher sur la Loire n'est pas en mes moyens, il est illusoire de croire que l'esprit ligérien puisse souffler sur mes concitoyens. Quand la passion ne fait pas écho, qu'elle laisse indifférent le grand nombre, il est plus sage que l'anachorète retourne dans sa grotte. Les flonflons du festival de Loire resteront, une fois encore, ceux du brouhaha et des marchands. Seule la portion congrue sera consentie aux rêveurs et aux poètes, aux conteurs et aux marins.

Je renonce enfin à faire de mes Bonimenteries, le succès de l'édition locale. Il faut se rendre à l'évidence : mes histoires n'intéressent qu'une poignée de lecteurs et d'amis. Il me faut ravaler ma morgue et mon orgueil, je ne suis rien qui vaille !

Voilà, j'en ai fini de cette longue litanie personnelle. Mes vœux seront ceux de l'humilité retrouvée, de la rigueur et de la simplicité. Il n'y a pas à croire en des jours meilleurs, tout indique vraiment que rien ne va s'arranger, pour moi comme pour l'immense majorité des gens de ce pays. Alors, laissez parler ceux qui vous promettent la lune, même les rêveurs ont renoncé à celle-ci.

Contentez-vous de vous serrer les coudes, de redécouvrir le bonheur simple de l'amitié et de la solidarité. Oubliez la compétition des uns contre les autres, évacuez l'idée de vous enrichir au détriment de votre voisin. Ne regardez plus avec envie et admiration les étoiles et les vedettes, les célébrités et les notables. Ces gens n'ont rien à vous apprendre et ils vivent de la naïveté de ceux qui les écoutent.

Bonne année de fraternité. Ce joli mot encore gravé aux frontons de nos mairies doit devenir notre bien le plus précieux, notre guide pour qu'enfin, les vœux dont on s'abreuve sans conviction en cette étrange période, deviennent possibles.

Simplement vôtre.

Je prononce mes vœux pour 2015.
Je prononce mes vœux pour 2015.
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R
, Nous ne vous adressons donc ni vœux lourds ni vœux nains mais des vœux nets bien vœux nus , des vœux lus,espérons-le !
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C
Raton Laveur<br /> <br /> Les vœux lus s’arrchent les cheveux, les venins nains se tirent la langue, les vœux lourds font tapisserie et les vœux nets se demandent encre ce qu’ils font là.
K
Ce monde est complexe. Si la perfection n'est qu'une grève, où s'ouvre le vaste horizon de nos couleurs, de nos pensées, de nos idées, il ne faut pas perdre de raison, que chaque mer est, tout à chacun, différente selon que l'on soit bleu, rose ou sombre. Par exemple, à un moment donné de l'Histoire, certains conférèrent à une forme échancrée, presque lunaire, une dimension mystique ; Plus loin, d'autres ont pensé cette forme pour s'en faire une pâtisserie viennoise. Aujourd'hui, les premiers, austères et quelque peu barbares, croient que leur croissant détient la clef de la voûte céleste. Les seconds confondent viennoiserie et Ambroisie.
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C
Kakashi<br /> <br /> Vous voilà maniant une langue ésotérique qui n’est pas pour me déplaire. j’apprécie ce voyage dans le mystère et vous souhaite bonne et belle année.
L
J'espère au moins que vous ne deviendrai pas un abstentionniste... :-)<br /> Je vous souhaite des élèves calmes et qui vous écoutent en silence. Mais je n'y crois pas trop...
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