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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Le livre ne fait pas recette.

Pas même un regard pour cette chose étrange.

Depuis que je tente l'aventure insensée de vendre un livre, je me rends compte à quel point cet objet paraît étrange à bon nombre de gens. Moi qui ne passe jamais devant une librairie ou bien un bouquiniste sans feuilleter un ouvrage, regarder quelques titres, admirer des illustrations, lire une quatrième de couverture, je constate, effaré, que je suis un anormal, un être d'exception dans une masse indifférente à la chose écrite.

Il y a d'abord des raisons objectives, liées à la conjoncture. Le livre est cher et pour bon nombre de gens, c'est devenu un luxe. Cette dimension apparaît très vite quand certaines personnes demandent le prix et renoncent bien vite à discuter plus avant. Je comprends aisément leur gène et aurais envie de m'excuser du prix si c'était moi qui avais le pouvoir de le fixer.

Il y a encore une évidence qui survient avec l'âge, malheureusement. J'ai entendu plusieurs fois des personnes âgées me dire, à regret, que c'était désormais un loisir qui leur était refusé. Les yeux ne peuvent plus suivre les lignes, d'autant plus quand elles sont écrites en petits caractères. Que leur répondre ? Certains passionnés cependant, je le sais, ne renoncent pas et utilisent, tant bien que mal , une loupe.

Mais ceux qui me désolent surtout ce sont ces gens qui détournent le regard quand ils voient un livre ou pire même, qui se permettent une remarque ironique sur l'inutilité de la lecture. Nous avons clairement basculé dans un autre paradigme : non seulement ce n'est plus une gêne que de se reconnaître non-lecteur, mais encore c'est devenu une fierté, un signe de modernité.

« Que voulez-vous que je fasse d'un livre ? » me demande, sincère, un passant portant tous les signes extérieurs de l'humain branché et résolument moderne. Je n'ai effectivement rien à répondre, même si je me lance parfois dans mon histoire du livre pour conjurer ce qui va immanquablement survenir tôt ou tard : la mort du livre papier.

Il y a encore ces gens que je connais, que je sais enseignants et qui détournent le regard. Eux non plus ne lisent pas. Oui, j'en connais véritablement et cette fois, j'enrage que cela puisse être. Comment peut-on pratiquer une telle activité et ne pas avoir cette curiosité pour la chose écrite ? Cela relève pour moi de l'incompatible, de la faute professionnelle presque. Mais là encore, je dois passer pour un archaïque indécrottable.

Il y a ces enfants dont le regard ne brillent plus devant un ouvrage. Quelle misère ! Que deviendront-ils ? Quels adultes seront-ils s'ils ne se sont pas construits entre rêve et imagination. La télévision pour unique perspective et une vie loin de ce bonheur incomparable; j'en ai froid dans le dos . Les pauvres !

Il y a tous les autres, les pressés, les importants, les fagotés, les déguisés, les élégants en goguette, les sous-doués en sortie, les ventres qui ruminent ou qui dévorent, les badauds indifférents et tant d'autres qui passent et qui ne daignent pas accorder un regard, un sourire, une seconde de considération. Pourquoi sont-ils ainsi ? Je me sens si démuni et si touché au plus profond de mon être.

Ce livre, j'y ai mis beaucoup de ce que je suis. Qu'ils puissent ainsi le mépriser, refuser, ne serait-ce que de l'ouvrir ou simplement d'en lire le titre, je le vis comme une agression alors que, sans doute, ils ne l'ont même pas remarqué. La douleur est réelle, la plaie profonde à chaque fois que cela se reproduit.

C'est juré, la prochaine fois j'écris un livre de cuisine, je fais un recueil de photographies ou bien de dessins, j'y glisse des blagues stupides, je choisis une couverture affriolante, je couche avec la femme du président, je passe à la télévision pour y dire des niaiseries et m'extasier aux propos lénifiants de l'animateur.

Je ne ferai naturellement rien de tout ça et je vais devoir ravaler ma fierté, mon orgueil démesuré. Mon livre finira au pilon ou bien dans un placard, oublié des hommes , ignoré parmi tous ces livres qui peuplent mes lectures. Il sera effacé de la mémoire de l'humanité. Je n'avais donc aucun talent et j'ai eu cette folle prétention de le croire quelques instants ! L'illusion est retombée, tous ces gens qui passent et ne me regardent pas me renvoient cette absence en plein ego.

Désolément mien.

Le livre ne fait pas recette.
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E
Il n'y a plus de place pour les livres, la taille des appartements diminue et la taille des cerveaux aussi semble-t-il, surtout dans le coin de l'imaginaire...<br /> Désespérément vôtre
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C
Emmanuel<br /> <br /> Ne dites pas ça vous qui êtes devenu éditeur ...<br /> <br /> J’admire ce courage et cette foi en l’espoir ... de vendre un bien si précieux, bien trop précieux pour des gens qui ont perdu pied avec le beau<br /> <br /> Continuez !
P
comme vous avez raison ! L'autre jour, je faisais mes courses, et devant le rayon librairie, je stoppe mon chariot car, comme vous, je ne sais pas résister même au supermarché....une famille devant moi &quot;oh non, pas encore un livre ! va te prendre un&quot; truc de cars&quot; (dessin animé de disney)&quot;. C'est dur..
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C
Patricia<br /> <br /> Merci de confirmer mon billet<br /> J’ai vu ce genre de personnes lors de ce marché et pour eux le livre était un parfait repoussoire C’est étrange
L
Chez nous, vos&quot; Bonimenteries&quot;&quot; sont coincées entre ma chère Simone &quot;tout compte fait &quot; et John (Irving) &quot;l'épopée du buveur d'eau &quot;, pardon ! Quant à votre C D, il copine avec Henri Ledroit et Cécilia Bartoli . Si ce voisinage ne leur convient pas , j'essaierai d'autres étagères mais les places sont chères car nous ne nous séparons jamais de nos chers bouquins dont la population ne cesse de croître au fil des ans . Merveilleux livres qui ont accompagné nos joies et nos grands chagrins, lus et relus à tous les âges , prêtés souvent , rarement perdus , précieux cadeaux , privilégiés entre tous ,<br /> Inlassables sujets de conversations entre lecteurs passionnés ! Reconnaissance éperdue envers tous ces écrivains si différents avec qui nous avons passé tant d'heures et dont la compagnie nous est plus que jamais indispensable ! Allez Nabum , pas de complexe : vous figurez en bonne place dans notre anthologie !
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S
@Laure,<br /> Vous avez beaucoup de chance d'avoir pu garder vos livres préférés. Les miens, je ne parviens pas à les conserver tant mon envie de partager ses lectures qui m'on émue est grande; je les prête et ne les revoie jamais...
C
Contactez moi sur ma nouvelle adresse mail<br /> <br /> Il faut remplacer le n initial par un m<br /> et je suis passé ici @laposte.net<br /> <br /> Merci je n’ai plus aucune adresse
C
Laure<br /> <br /> Je n’ai plus d’adresse mail J’ai été piraté
C
Laure<br /> <br /> C’est merveilleux <br /> <br /> Merci
N
RE. De nouveau. Dites-moi où et comment acheter votre livre. Merci
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C
Nina<br /> <br /> Ici : http://www.votreinfolocale.fr/editions-jeu-oie/<br /> <br /> ou en le commandant dans une librairie
N
NON ! je ne suis pas d'accord. Il y a plein de gens qui lisent. Et même plus que jamais. Je me suis même posé la question de savoir pourquoi. Je pense qu'il y a un vrai ras-le-bol du &quot;n'importe quoi&quot; de la télé. Et les gens sont de plus en plus seuls. Ils lisent. On prend un train, et qu'est-ce qu'on voit ? des gens qui lisent, absorbés. Ma fille est employée dans un hôtel 4 étoiles à Megève. Pas une chambre sans un livre en cours de lecture. Et que dire de l'expérience des bibliothèques de rue ? où un quidam emprunte un livre sur un banc, à la condition de le rapporter et d'en déposer un autre ? et çà marche. Plusieurs villes en ont fait l'expérience, surprise générale. Annecy vient de s'y mettre. Les gens ont besoin de lire. J'entends moi aussi certains dire &quot;mais non, je ne lis pas... plus personne ne lit.&quot; J'en conclus qu'il n'y a que les cons-qui-ne-lisent-pas pour affirmer que personne ne lit. C'est logique... Ne vous découragez pas, vous avez trop de talent. C'est spurement un problème au niveau de la pub, de la diffusion, que sais-je. Moi-même je voudrais acheter votre livre, mais je ne sais pas où le faire. Je vous ai découvert il y a si peu de temps !...Mais je sais ce que c'est que la solitude de l'artiste ! c'est à en crever de désespoir, parfois... Je repense à Van Gogh si souvent... Chaleureusement vôtre. NINA
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C
Nina<br /> <br /> Et c’est heureux<br /> <br /> Ce jour là j’ai vu des gens qui ne regardaient pas le livre. <br /> Cest ce qui m’a fait mal au sens physique du mot.<br /> <br /> Je racontais des histoires et ils n’écoutaient pas. Ils étaient là pour autre chose.<br /> <br /> Je ne peux leur en vouloir mais que ce fut douloureux !
J
C'est Nabum ; Ce n'est ni une aventure insensée ni un objet étrange. Il faut juste s'adresser aux bonnes personnes, celles qui sont susceptibles d'être intéressées par tes &quot;bonimenteries&quot;. Tu as déjà franchi un grand pas en étant l'objet d'une édition. Je ne doute pas que ta grande notoriété orléanaise fasse le reste. Pour peu qu'elle soit attrayante et enrichissante (ce dont je ne doute pas quant à la tienne), il y a encore beaucoup d'amateurs de lecture, je peux en témoigner. <br /> Pas de désespérance, donc ! Il faut juste beaucoup de persévérance pour la &quot;promotion&quot;. Mais ce dernier mot est sans doute celui qui te gêne le plus ?...
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C
Jack Minier<br /> <br /> Je n’ai nulle notorité. Je sais la vacuité de ce mot. Orléans a choisi sans camp quant à la culture, c’est vers les Miss que les regards se sont tournés. Que faire contre celà ?<br /> <br /> La lecture est si dérisoire dans un tel contexte.<br /> <br /> Persévérance dites vous ? Je perds mes illusions tout simplement
D
Ta frustration me fait mal ! Car je connais ton talent, ta passion pour l'écriture, ton esprit vif et critique mais toujours respectueux . Je sais ce qu'on met de soi dans un texte: de ses souvenirs enfouis,de ses rêves, de son envie d'offrir aux autres, avec pudeur et générosité . <br /> Je sais aussi que tu n'as pas dis ton dernier mot et que tes histoires ne resterons pas lettres mortes.
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C
Dan<br /> <br /> Ma frustration est peut-être que l’acceptation d’une évidence<br /> <br /> Les amis voient du talent quand il n’y a qu’un petit savoir écrire si commun. Je vais finir par l’admettre. C’est le terrible principe de réalité.<br /> <br /> Je ne compte pas désarmer quand même