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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Jeanne se délivre d'Orléans …

Les cheveux de la dignité !

Quand on s'appelle Jeanne et qu'on vit à Orléans, on rêve sans doute de grands destins ; d'autant plus quand on a 17 ans et toute la vie devant soi. Jeanne avance fièrement dans la ville, le cheveux au vent, libre et tranquille. Elle est déjà femme, séduisante et heureuse de marcher le visage découvert et la tête haute …

Mais cette liberté semble d' un autre temps. Être femme aujourd'hui, dans certaines rues, dans certains lieux, c'est être l'objet de la concupiscence d'hommes et de jeunes garçons pour lesquels la femme n'est qu'un objet de désir, une chose qu'on regarde avec les yeux brillants de ce plaisir qu'on s'octroie brutalement sans jamais tenter de le conquérir par la séduction, la gentillesse ou la délicatesse.

Ceux-là n'ont que grossièretés et propos graveleux dans la bouche. Ils regardent la femme qui passe, l'invectivent, l'insultent. Ils font leur marché, jaugent, reluquent, fixent sans vergogne celle qui a le malheur de passer devant eux. Jeanne n'en peut plus des réflexions qui accompagnent son passage, de ces regards vicieux, de ces propos scabreux.

Jeanne n'est pas une exception. Bien des femmes ont désormais droit à ce traitement, émanant d'une petite proportion des porteurs de braguettes qui ne respectent pas la féminité, qui ne supportent pas la liberté, qui exècrent l'émancipation, qui vomissent l'idée qu'on puisse se refuser à eux.

Bien campés dans leurs certitudes machistes, ils font les beaux et les arrogants quand ils vont par deux, trois ou bien en bande. Ils se sentent forts, invincibles, surtout face à une seule femme qui avance dans la rue. Tels des vautours, ils se jettent sur leur proie, l'agonissent de propos indignes, la frôlent parfois, la déshabillent du regard toujours. Ils sont le pire d'une société qui confond le désir et la consommation immédiate.

Jeanne a été ainsi traitée de la sorte à maintes reprises. Ce jour-là, la coupe est pleine. Un homme, non seulement l'a agressée verbalement mais en plus, il l'a bousculée, lui a dérobé son porte-monnaie. Le vol et l'humiliation. Le sentiment de n'être pas respectée simplement parce qu'elle est jeune, belle, souriante, qu'elle aime la vie .

Jeanne, élève en terminale, a quitté son lycée en se déplaçant à pied et a emprunté une rue qui est devenue une zone d'indignité pour les femmes. Là, elle a encore droit à ces sifflets qui l'insupportent, ces sous-entendus qui l'humilient, ces insultes qui la mettent en colère et contre lesquelles elle se sent si impuissante. Ce qui la navre plus encore, c'est l'indifférence des passants : ceux qui font semblant de ne rien entendre, heureux d'échapper à la tyrannie de ces pauvres petits saligauds impuissants.

Jeanne rentre chez elle, complètement bouleversée, ulcérée. Elle n'en peut plus de ces mauvais traitements quotidiens, de cette société qui finalement n'avance pas comme on le voudrait. Elle a le sentiment de sombrer dans l'obscurantisme, de tomber dans une civilisation machiste. Elle a d'autres espérances en tête, elle pense le monde d'une tout autre manière.

Alors, quand on se prénomme Jeanne d'Orléans, on veut sans doute délivrer la ville de ces forces du mal, de cette lèpre qui s'insinue un peu plus dans le tissu social. Jeanne veut opposer à ces monstres, un geste fort, un geste symbolique, pour à son tour, cracher son mépris à leurs faces hideuses.

Jeanne s'enferme dans sa salle de bains. Jeanne s'immole symboliquement. Elle dont la chevelure était la fierté, la marque de reconnaissance, la coquetterie, sacrifie cette parure sur l'autel de cette pression malfaisante imposée par quelques hommes. Jeanne se rase, coupe ses cheveux pour cesser d'être la cible de ces mâles lubriques, détestables de lâcheté .

Jeanne avance désormais la tête haute, le cheveu ras. Elle est encore plus belle car ses yeux brillent d'une fierté immense. Elle a porté le fer contre les saligauds et les goujats, les malotrus et les mal embouchés qui n'ont d'autre satisfaction que de vomir leur haine des femmes. Jeanne a interpellé toute une ville : elle a pointé du doigt notre incapacité collective à éradiquer ces pauvres cloportes de nos rues. Jeanne est le porte-drapeau d'une nécessaire révolte collective. Nous ne pouvons vivre sous la domination des frustrés et des misogynes.

Honneur à cette jeune fille rebelle d'avoir ainsi brisé le silence. Que le sacrifice de sa chevelure ne soit pas vain, que nous soyons tous en mesure de faire taire ces petits et grands salopards de tous poils, à Orléans comme dans toutes nos villes !Il est une valeur sur laquelle on ne transige pas en France : la Femme y est respectée en dignité. Sa liberté de se déplacer sans être importunée est un principe irrévocable de notre pacte social. Ceux qui ne l'acceptent pas se mettent hors de notre société.

Merci Jeanne de le rappeler aussi clairement.

Dignement tien.

​Article de la presse locale

Jeanne se délivre d'Orléans …
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D
Bonjour Mobal :

Les politiques s'indignent, enfin deux, dont moi.
Nous réagissons, et votons contre. Je me permets de vous mettre ce lien, non pour me faire de la publicité, mais parce que tout cela ne fait que commencer, à suivre...

Enfin, le slogan que vous venez de faire ressurgir de derrière les fagots ( à Orléans, c'est sans doute prémonitoire) peut nous être utile. Merci.

http://blogs.mediapart.fr/blog/lantre-de-circe/121114/ces-concours-de-miss-que-lon-doit-supprimer
Répondre
M
Sur le "cas" de cette jeune fille considérée comme une marchandise qu'on jauge , tout le monde ne peut être qu'en empathie ..
.Mais il y a un fait , bien relié à cela et cause ou conséquence? un fait qui m'exaspère : l'élection de miss . En plus faux cul , comment ne pas penser à une foire aux bestiaux devant des maquignons ? J'ai encore une affiche de la fin des années 70 placardée sur les murs de Vierzon : on y voyait un troupeau de veaux devant une estrade . Il était écrit en lettres énormes : NON AUX ELECTIONS DE MISS : 100voyeurs , 1 violeur .
La classe politique dans son ensemble avait condamné cette prise de position ("il faut savoir s'amuser' , "réaction de petits bourgeois"...)
J'aurais aimé que tous les politiques d'Orléans s'indignassent devant ce "spectacle" annoncé , comme ils se sont indignés devant ces cheveux coupés . Les deux sont reliés ...Il est plus facile de pétitionner devant un gymnase indisponible (le problème était réglable et a été vite réglé).
Comment résister à un passage sur TF1 entre des pubs ? A la sortie de l'élection , il ne fera pas bon trainer dans les rues devant des mâles chauffés à blanc . Quelle honte!
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C
Mobal

Mettez une Miss dans une pièce et vous avez voir la ronde des paons et des blaireaux. Il m’a été donné de voir ce spectacle quelques minutes et je me suis enfuis convaincu que les hommes n’ont en rien évolué dans ce registre. Alors pour peu qu’ils aient un peu de pouvoir, ils rêvent sans doute de séduire la belle dame ... Pathétique
D
Jeanne, Jeanne n'est qu'un pseudo.

Jeanne que j'ai rencontrée, qui est désormais membre du Collectif des Droits des Femmes sera de notre Manifestation de Nuit pour l'Egalité entre Femmes et Hommes, contre toutes les formes de violence et le harcèlement ce vendredi 21 novembre prochain à Orléans.

Mais le harcèlement n'a pas lieu que dans cette rue, c'est partout à toute heure du jour et de la nuit, et pour toutes les femmes.

Mais pour l'instant, je préfère ne pas en dire plus. Bonne journée à vous. C'est bien de relater ces indignités, mais il faudrait faire pus que cela, les combattre autrement et s'engager dans le monde réel.

Je sais, c'est difficile, je sais, il y a tant et tant à faire. Je sais, il y a aussi sa propre vie et actuellement je crois que nous sommes toutes et tous blessé-e-s par ce que nous fait vivre notre société.

Merci pour elle, mais...Oserez-vous passer l'étape de la dénonciation, à celle moins lisible, moins visible qui est une lutte de tous les jours. Ne pas rester spectateur, et oser.

C'est une autre étape, et chacun fait à sa mesure. Alors...Prenons chacun, là où il/elle en est de ses réflexions, envies, et pouvoir de changer les choses, notre société.
Répondre
D
La suite de cette affaire, avant la Marche de nuit pour l'Egalité Femmes/Hommes le vendredi 21 novembre prochain.
http://www.larep.fr/loiret/actualite/2014/11/07/le-21-novembre-une-marche-de-nuit-a-orleans-contre-l-intolerable_11211022.html
C
Valérie

Tout est dit par les unes et les autres. Merci
C
Dominique

Qu’importe son prénom, elle est désormais un symbole et qu’elle milite à vos côtés me semble parfait.
Il n’y a pas qu’une rue touchée, il n’y a pas qu’une communauté coupable, il y a un déliquescence insupportable qui s’appuie sur une montée du phénomène religieux, une exagération des images érotiques dans la rue, une absence d’éducation sur ce point.

Oui il y a beaucoup à faire pour que les femmes soient enfin tranquilles dans les rues
V
rien à ajouter ! tout est dit brillament