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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Chimères

Les illusions intimes.

Qui n'a pas sa petite collection de chimères ? Nous nous nourrissons de ces vains espoirs qui peuplent nos rêves et nos désirs. Nous en savons les limites, nous devinons qu'elles sont impossibles, illusoires, dérisoires, cependant elles nous guident et nous maintiennent debout. L'inaccessible est notre but, au bout de ce chemin dont l'unique raison d'être est d'y rencontrer cette présence rassurante qui peuplait nos rêves d'enfants.

Chacun se construit son petit panthéon chimérique. C'est le moteur de nos folies, le déclenchement de nos actes les moins raisonnables, de nos défis les plus délirants. Bien sûr, nous savons qu'il n'est pas possible d'atteindre cette ligne de fuite imaginaire. C'est pourtant grâce à elle que nous continuons d'agir avec délice, de croire avec une certitude totalement irréaliste.

La gloire ou la fortune, la postérité ou la reconnaissance universelle, le succès planétaire ou bien les titres et les récompenses ; nous avons tant de modèles à notre disposition qu'il y a de quoi choisir dans les idées de grandeur. Nos chimères s'exacerbent, certes, devant l'exposition indécente des réussites de quelques-uns mais se moquent finalement de ces clichés trop faciles : notre destin se pense plus grand encore !

Elles semblent nous souffler à l'esprit une redoutable rengaine : « Pourquoi pas toi un jour ? Tu vaux mieux? Un jour, tu auras ce que tu mérites. Persévère, continue ta quête et tu trouveras ton Graal ». Nous nous berçons de ces paroles qui n'ont, apparemment, d'autre fonction que de nous leurrer et de nous ridiculiser. Qu'importe, elles nous donnent surtout la force de poursuivre en dépit des oiseaux de mauvais augures et des pronostics trop vite placés en travers de notre destin.

Laissons les moqueurs et les calculateurs, les pragmatiques et les raisonnables à leurs sourires en coin et leurs remarques acerbes. Ils sont englués dans le réel, ils se privent du souffle de la volonté qui ne se met pas en équations, du désir qui ne se laisse pas enfermer dans les limites du possible. Soyons fous, ignorons les comptables du temps, de l'argent et des contraintes !

Nos chimères sont sans limite ; elles n'ont pas besoin d'entrer dans un plan, de suivre des échéances, de respecter une feuille de route. Elles ne sont qu'évanescence et vapeurs d'éther. Immatérielles, irréelles, intemporelles, elles nous pousseront jusqu'à notre dernier souffle, notre dernière parcelle de vie.

Ne pas vivre ses chimères c'est accepter de s'étioler, de se replier sur soi-même, de rester englué dans un destin qui se réduit jour après jour, qui nous étouffe et nous détruit. Accepter la médiocrité c'est mourir avant l'heure, c'est se dissoudre dans l'injonction sociale qui ne distingue qu'une toute petite minorité d'élus.

Moquons-nous des évidences ! Croyons jusqu'au bout à nos chimères, aimons-les, chérissons-les, ne renonçons jamais à leur donner vie et force. Elles sont nos muses, nos fées, nos pensées magiques. Leur énergie colossale nous emmène si haut, si loin, si fort sur la voie qu'elles nous proposent !

Les chimères nous semblent d'autant plus belles qu'elles sont impossibles. Dans la vacuité de notre existence, elles lui font la grâce de ce supplément d'âme, lui donnent ce sens qui se dérobe aux autres. Nos chimères nous maintiennent en action, en mouvement, en espoir. Elles nourrissent nos phantasmes, nos rêves, nous investissent de missions que nous nous imposons en leur nom.

Les chimères sont notre souffle vital. C'est par elles et pour elles que nous trouverons la force de continuer à créer, à penser, à construire des châteaux en Espagne, des mondes imaginaires, des tours de Babel, des sociétés radieuses. Ne changeons rien, l'impossible est notre salut !

Chimériquement vôtre.

Chimères
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L
Tel Sancho Pança , j'éprouve beaucoup de tendresse pour les poursuiveurs de chimères , pourfendeurs de moulins à vents, cependant, incapable d'enfourcher de grands chevaux , je me contente , benoîtement installée sur mon âne , de les assister fidèlement , de soigner leurs petits et grands bobos au corps et à l'âme , de les réconforter en me demandant toujours si ce ne sont pas eux qui, finalement, ont raison contre ma courte vue et mon bon sens partagé . Comme la vie serait terne et insipide sans leur douce folie!
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C
Laure<br /> <br /> Pour la folie, nous avons bien plus que notre part et c’est d’aileurs pour ça que nos nous retrouvons ici<br /> Quant à l’âne, c’est une monture qui nous convient bien mieux.