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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Ce qui ne se dit pas se conçoit-il aisément ?

Les travers des habitudes …

Je viens d'arriver avec mes gros sabots de pédagogue, tanné par le poids des années et des expériences diverses, dans une structure qui sort du cadre de l’Éducation Nationale. L'aventure ne manque pas de piquant pour un vieil enseignant, totalement adapté aux usages internes de la grande maison « Éducation Nationale ». Elle vient ajouter du piquant à une fin de carrière qui n'en finit pas d'arriver, de reculades législatives en reculades personnelles ….

C'est donc en observateur naïf que je découvre les us et coutumes d'un univers qui n'a jamais été le mien. Je suis dans le rôle du jouvenceau, moi, qui depuis bien longtemps, ne joue plus les jeunes premiers. Trouver sa place dans ces conditions relève d'un double tour de passe-passe : abandonner des pratiques professionnelles qui ont construit mon parcours tout en intégrant des procédures qui me sont nouvelles.

Il n'y aurait certainement pas matière à billet si, du côté de la puissance invitante, je n'avais l'image d'un professionnel d'expérience qui, forcément, allait comprendre l'ensemble des usages de sa nouvelle maison sans que jamais on ne les lui explique vraiment. C'est sans doute là que cette expérience prend une valeur plus générale que mon modeste cas.

Combien d'actions sont ainsi, dans les structures, considérées comme allant de soi ? La liste en est si longue que nul ne songe à préciser ce qui semble évident, intégré si parfaitement au quotidien qu'il n'est pas utile de l'expliquer. Le nouvel arrivant n'a qu'à avoir des dons de divination pour entrer dans le moule, faire preuve d'un peu de bonne volonté et d'une grande faculté d'observation.

Certes, l'attente n'est pas surprenante et la méthode peut s'avérer efficace pour un jeunot qui passe forcément par une période d'adaptation. Mais, hélas, la vieille ganache que je suis a voulu foncer, tête la première, pour se mettre au travail, sans se soucier vraiment de découvrir les arcanes du lieu. De cette dichotomie naissent bien vite des incompréhensions, des bourdes et des malentendus.

Les malentendus peuvent, à la limite, être passés sous silence au royaume du handicap. La bourde passe beaucoup moins bien dans un domaine où la forme prime sur le fond, où la procédure relève du contrat intangible. Quant aux incompréhensions, elle s'accroissent progressivement jusqu'à finir par exploser au grand jour. C'est ainsi que le nouveau passe alors pour un idiot qui n'a rien compris !

La sentence est assez juste. Comment comprendre ce qui n'est pas formulé clairement ? Quand la routine se nourrit de non-dits, quand le discours fait l'économie des explications, quand les attentes relèvent du « ça va de soi ! », vous ne pouvez échapper à ce curieux sentiment de décalage insoluble ! J'en suis là de ma période d'observation active dans cet univers complexe.

A ce propos, pouvez-vous me répondre : combien d'organismes prennent la peine d'écrire les usages de leur maison ? Combien de métiers se posent la question des pratiques silencieuses ? Combien de personnes pensent à accueillir le nouveau en lui donnant le mode d'emploi avant les clefs du camion ? Car loin de moi l'intention de pointer du doigt la responsabilité de la structure que j'intègre : ce qui se passe sous mes yeux et dont je fais les frais, appartient à l'universalité des groupes humains. Il faut en passer par là pour essuyer les plâtres et pouvoir mettre enfin ses posters contre les murs.

Je vais faire profil bas. Il n'y a pas d'autres manières d'agir. J'ai forcément tort car je suis seul. Le nombre fait loi, surtout quand cette dernière n'est pas gravée dans l'airain. J'en conviens et ronge mon frein. Je saurai décrypter cette communication du silence ; je parviendrai, enfin, à comprendre ce qui se conçoit si bien qu'il n'est même pas nécessaire de le préciser.

Lire dans les pensées, anticiper les attentes qui ne se disent pas, devancer les demandes qui sont tues … Finalement, ce sont les exigences auxquelles sont soumis tous ces stagiaires qu'on juge de manière fort abrupte. Ils sont incapables d'initiatives, ils ne voient pas ce qu'il y a à faire, ils ne respectent pas les règles, … La litanie habituelle quand j'allais visiter un élève en stage. Aujourd'hui, c'est moi qui suis dans le rôle du néophyte et, je vous l'assure, je comprends à quel point la communication est un secteur qui demeure toujours défaillant dans les groupes humains.

J'appelle ça la « métacommunication » : toutes les attentes en filigrane dans les silences, les évidences qui n'en sont pas, les habitudes nullement conformes à des règles écrites, les procédures si anciennes, que personne ne songe, désormais, à en avertir le nouvel arrivant. L'omniscience infuse devrait faire partie du trousseau du nouveau doté d'un solide don d'ubiquité. Hélas, je ne suis pas extralucide … Alors, j'use ici de la seule compétence qui soit à ma disposition pour le leur faire comprendre.

Aveuglément leur.

Ce qui ne se dit pas se conçoit-il aisément ?
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K
En me relisant, dans ma petite allégorie, j'ai oublié : le poisson vous échappe bien sûr ! ;)
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C
Michel

Muette cela va de soi
M
Une carpe certainement !
C
Pourvu que ce soit un gros poisson
K
Nabum, rien ne justifie la mesquinerie. Gardez ceci en tête et adapter un comportement plus agressif envers certaines personnes.
Vous n'avez jamais pêché. Nous partons tous les deux à la pêche. Cette pêche est très importante car elle décidera ou non de notre repas du soir. Vous attrapez un poisson mais je n'ai pas pris la peine de vous expliquer la technique pour le ramener sur la rive à coup sûr (c'est un très gros poisson). Je me mets en colère et vous demande d'enlever vos pompes. Tout penaud, vous voilà en train de vous en défaire et de me les remettre. Je les repose à terre et je me mets à chier dedans.
Il est fort à parier que, ni une ni deux, vous me retourneriez un marron suivi d'une mandale finissant par une châtaigne (d'ailleurs c'est la saison).
Moralité : Nos erreurs par lesquelles nous ne serions être tenus pour responsables ne doivent pas servir de prétexte à des esprits malveillant pour chier dans nos bottes.
Amicalement.
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C
Kakashi

Agressif ?
Ce n’est pas possible ...

Vous vous mettez au conte ? La concurrence s’annonce rude !
Merci

Je suis dans le bain, venez m’y rejoindre
M
Déjà que lutter contre notre tendance à jargonniser , pour aller plus vite...c'est pas facile , mais indispensable; Alors se débattre contre le non dit et les silences , quelle horreur : c'est faire face à l'insaisissable, le visqueux , et qui en plus est indéfinissable . Bon courage et la force de l'écriture peut aider à se faire une raison ,ainsi que le pas de côté parfois indispensable pour la santé .
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C
Mobal

L’écriture sera ici révélateur des pratiques internes
Suffira-t-elle à changer les pratiques ?

J’en doute, la force de l’habitude est terrible

Je fais un pas de cöté et j’observe
O
C'est Nabum bonjour...j'aime vos doutes
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C
Opale

Mes doutes sont sans doute au cœur de cette folie d’écriture.

L’ombre d’un doute ou bien le nombre de tous mes doutes ?