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Chroniques au Val

Ligericus sum, nil Ligeris a me alienum puto.

Elle n'a pas fait tourner toutes les têtes …

L'animation tombe à l'eau.

Dans une ville que je ne nommerai pas, bordant une rivière qui va se noyer dans la Loire, une fête marinière de grande qualité. L'ambiance y est excellente, bon enfant et l'on devine une vraie volonté de proximité. Tout est fait pour que l'animation reste à dimension humaine et j'en suis des plus heureux. Je ne sens pas ici l'oppressante foule du Festival de Loire.

La soirée est prometteuse : une féerie de lumière et de musique est annoncée. L'affiche couvre la ville, invitant les habitants à se joindre en masse aux visiteurs d'un week-end. Toute la journée, en effet, nous nous sommes interrogés sur la présence de cette grande roue plantée au milieu des flots. Elle avait belle allure et promettait bien des plaisirs, la nuit venue.

Le bouche à oreille, ou la bonne communication municipale, a fait merveille. Une heure avant l'annonce de la féerie aquatique, la foule se presse sur les quais. Une foule compacte, dense, curieuse, impatiente sans doute. Les gens sont à la recherche de la meilleure place, se bousculent un peu, se faufilent pour laisser passer les enfants, bien trop petits pour avoir la moindre chance d'apercevoir quelque chose.

Qu'importe, le spectacle promet ! Le prix mis par les organisateurs circule dans les rangs. Toujours variable, il atteste pourtant de la certitude d'un grand moment. Je m'amuse de ces écarts dans l'estimation du coût. La rumeur n'est pas spécifique à la Loire ; elle vogue aussi le long de ses affluents.

Une parade circule tant bien que mal dans cette marée humaine. L'animatrice annonce aux badauds découvrant les souffrances de la sardine en boîte, que de leur place actuelle, ils ne verront rien. La bonne place est sur l'autre rive, place d'ailleurs prise d'assaut, elle aussi. Suivre le conseil, c'est se condamner à l'entassement déraisonnable. Il y a quelque chose qui cloche dans la conception de ce spectacle grand public …

L'attente devient insupportable. La parade taille sa route, suivie du cortège de ceux qui vont s'agglutiner en face. De ce côté-ci, la foule reste particulièrement nombreuse, la sagesse l'a emporté sur l'obéissance aveugle. Plusieurs dizaines de rangées de curieux attendent le spectacle de l'année. Le feu d'artifice du 14 juillet a laissé tant de souvenirs émerveillés dans cette ville, que ses citoyens espèrent une merveille …

Il fait nuit noire quand, sur la grande roue, les prémices de l'agitation annoncent le début de la fantasmagorie. Mais ça tarde, ça semble coincer un peu. Sur l'autre rive, les explications ne sont pas très audibles mais le public a encore foi. Les bousculades se font plus pressantes. Il faut être au premier rang pour voir quelque chose …

Enfin la roue se met à tourner !... Elle tourne un peu, s'arrête, revient en arrière. Petit à petit, cela devient interminable en dépit des performances athlétiques des artistes volants. La musique nous parvient comme une bouillie insupportable. On s'agite sur la mauvaise rive. Les uns trépignent, les autres partent à la recherche d'un promontoire pour mieux voir.

Je suis littéralement piétiné par un groupe de furieuses qui finissent par me mettre un écran devant le nez. Je vois la roue et ses soubresauts au travers de cette vidéo en devenir. Cette fois, je craque ! Je vais m'isoler à l'écart de cette foule mouvante et parfois curieuse.

Ce que je vois me navre. Les spectateurs s'enfuient. Par vagues successives, les groupes s'en retournent chez eux. Bien vite, devant la rambarde du quai, il ne reste que deux ou trois rangs. C'est sans doute plus de la moitié des curieux qui ont fui ce spectacle trop lent, trop lointain, trop difficile à suivre, qui répond si peu à leur attente implicite. La poésie des lumières, de la musique et du geste est bien loin de ce désir fou d'artifice.

Quand celui-ci finit par arriver, il n'est absolument pas à la hauteur de ce qui était espéré. La fuite se poursuit. Les premiers commentaires désagréables ne tardent pas. Je ne suis pas bien placé pour formuler un jugement, moi qui n'ai jamais goûté ces spectacles de masse. Mais une chose est certaine : il n'est pas permis de proposer à tous une représentation qui a une visibilité limitée. Il y a comme une tromperie dans l'offre collective.

Le lendemain, les commentaires vont bon train. Les avis sont tranchés, cruels, féroces. Manifestement, le clou de la soirée a laissé des stigmates. Le prix de la prestation revient sur le tapis. La somme a gonflé dans la nuit. L'estimation a subi les contrecoups de la déception, c'est une inflation terrible. La municipalité risque d'avoir les oreilles qui sifflent pour ce petit contretemps. Pourtant, que sa fête est belle !

Ce récit n'a d'autre but que de vous mettre en garde sur ce qu'on veut nous vendre comme le bouquet final. Le meilleur est souvent ailleurs, et c'était parfaitement le cas lors de cette belle manifestation marinière. La simplicité est souvent préférable même si les masses adorent le spectaculaire. Ce sont souvent elles qui brûlent le lendemain ce qu'elles ont espéré la veille. La poudre aux yeux a souvent des retours de flamme ; d'autant plus dans une ville qui posséda, jadis, une grande manufacture d'armement …

Distancement leur.

Photographies « empruntées » à Pirate de Loire ...

Elle n'a pas fait tourner toutes les têtes …
Elle n'a pas fait tourner toutes les têtes …
Elle n'a pas fait tourner toutes les têtes …
Elle n'a pas fait tourner toutes les têtes …
Elle n'a pas fait tourner toutes les têtes …
Elle n'a pas fait tourner toutes les têtes …
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